Le casse du siècle : Le patrimoine culturel européen pillé par les nazis

Après leur travail de purification de l’art allemand, les nazis étendent leur politique hégémonique sur le monde de l’art. Les nazis s’évertuent à vider de leurs richesses culturelles et artistiques les pays vaincus par la Wehrmacht, bafouant la convention de La Haye. Les Musées, les bibliothèques, les archives et les édifices religieux sont pillés de manière systématique. Les collections particulières n’échappent pas à la règle.

Un pillage en règle

Des organismes officiels sont spécialement mis en place pour gérer les pillages : aux premières interventions de l’ambassade d’Allemagne, se substitua surtout l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), placé sous l’autorité de l’idéologue du NSDAP et théoricien de l’antisémitisme , Alfred Rosenberg. Il installe une antenne à Paris dès l’automne 1940. Les grandes collections juives sont ciblées en priorité. Mais celles appartenant à des non-juifs sont également menacées. Le taux de change très avantageux autorisent les autorités allemandes à procéder à des achats massifs.

L’Einsatzstab Rosenberg est chargé de confisquer les biens des familles juives, mais de nombreux autres organisations militaires ou paramilitaires se court-circuitent entre elles. La Dienststelle Westen est chargée de vider intégralement les appartements appartenant à des familles juives dans le cadre du programme appelé Möbel-Aktion (Action-Meuble). Les oeuvres d’art récupérées – essentiellement des peintures, des tapisseries et des meubles – sont transmises à l’ERR sans en préciser la provenance, à de rares exceptions. Environ 22 000 items seront acheminés en Allemagne sous l’égide de l’ERR entre avril 1941 et juillet 1944, pour un total de 100 000 oeuvres.

20 avril 1939, Heinrich Himmler offre une toile de maître représentant Frédéric le Grand à son Führer à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Le goût immodéré pour l’art du Führer va le conduire à s’approprier les trésors culturels des pays vaincus. (c) Bundesarchiv

Les techniques de spoliation varient. À la confiscation et au vol dans les appartements et les stocks des galeristes, s’ajoutent l’achat à vil prix et l’échange contre des passeports pour l’étranger. En outre, le IIIe Reich ne pouvant s’accommoder de certaines toiles « d’art dégénéré », certaines ont été détruites, d’autres échangées, d’autres encore furent vendues discrètement en Suisse.

« Il est interdit de déplacer les oeuvres d’art mobiles de l’endroit qu’elles occupent […] Les oeuvres d’art dont la valeur dépasse 100 000 francs doivent être déclarées par écrit par leurs propriétaires ou gardiens, avant le 15 août 1940, à l’autorité militaire compétente. »

Décret du Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel du 15 juillet 1940.

À Paris, le musée du jeu de Paume est transformé en lieu de stockage pour les peintures, les statues, et tous les autres objets de valeur volés ou saisis dans l’Hexagone. L’action courageuse du sous-directeur des musées nationaux, Jacques Jaujard, et de l’attachée de conservation Rose Valland permet de sauver une partie des trésors du Louvres et de Versailles. Valland va ainsi faire faire aménager des pièces secrètes dans les sous-sols du Jeu de Paume pour y dissimuler 524 peintures et 92 sculptures. Comme partout en Europe occupée, des wagons remplis de dizaines de milliers de pièces inestimables partent pour le Reich. Sur l’ordre de Hitler, les collections spoliées sont mises à l’abri dans les châteaux bavarois de Schwanstein et Hohenschwangau, dans les résidences du Führer à Munich, à l’Obersalzberg et à la Chancellerie de Berlin.

L’impressionnante collection Schloss. (c) DR

Les collections Rothschild et Schloss

Pendant l’entre-deux-guerres, Adolphe Schloss est un amateur d’art mondialement reconnu pour sa fabuleuse collection qui compte 333 tableaux de maîtres flamands et hollandais. À sa disparition, cette dernière est léguée à son épouse Lucie. Les oeuvres majeures de Petrus christus, Isenbrandt, Gossaert, Bruegel, Van Der Heyden ou encore Rembrandt côtoient celles de petits maîtres moins connus mais d’une remarquable qualité. Ces oeuvres qui correspondent parfaitement aux critères culturels des nazis.

À la mort de Lucie Schloss, la collection est léguée en indivis à ses enfants qui la mettent en sûreté, au château de Chambon près de Tulle. Dès leur arrivée, en juin 1940, les services de renseignement allemands déploient d’importants moyens pour retrouver sa trace. La Gestapo la découvre finalement le 10 avril 1943, mais le convoi est intercepté par la gendarmerie sur ordre du Préfet de la Corrèze et transporté dans une caserne de Tulle. Pierre Laval demande que les oeuvres soient renvoyées à Chambon, mais le SD préfère les transférer dans les coffres-forts d’une banque de Limoges. Chargé du suivi de l’affaire, le ministre de l’Instruction publique chargé de la Culture, Abel Bonnard, livre la collection à l’occupant. Les tableaux sont transportés à Paris dans les caves de la Banque Dreyfus qui servait de dépôt au Commissariat aux Questions juives pour y être inventoriées. Le Louvre réussit à mettre 49 tableaux à l’abri en recourant à son droit de préemption.

Sur les 284 tableaux choisis par les Allemands, 262, destinés au musée de Linz, sont envoyées au musée du Jeu de Paume le 2 novembre 1943. À son arrivée, Darquier de Pellepoix, et Lohse sont présents. Quelques jours plus tard, Alfred Rosenberg se rend sur les lieux pour voir la collection Schloss et donner le feu vert à son transfert vers le Führerbau de Munich. Mais l’examen du registre dévoile que seules 230 oeuvres sur les 262 présentes au Jeu de Paume ont été conditionnées dans 15 caisses. 32 peintures sont manquantes. On sait que 22 peintures de grande valeur ont été sélectionnés pour Göring, mais celui-ci se désiste pour ne pas mécontenter son Führer. Elles sont finalement vendues à bas prix un mystérieux marchand hollandais nommé Buittenweg dont on n’a jamais retrouvé la trace. Il semble que Lohse à faire main basse sur trois tableaux (dont un Rembrandt) pour les offrir au Reichmarschall. Mais Hofer, qui n’apprécie pas Lohse, refuse de faire affaire avec lui, prétextant qu’ils sont sans intérêt. Lohse décide donc de les garder pour lui. À la fin du conflit, les 49 tableaux conservés au Louvre et 7 autres toiles purent être restitués aux héritiers Schloss. La diffusion de la liste des oeuvres parue dans le Répertoire des biens spoliés durant la guerre 1939 – 1945 a permis d’en restituer 167, dont la dernière en juin 2002.

L’autre grande collection privée française estimée à près de 2 milliards de francs (en 1940), est la collection Rothschild qui pour l’essentiel se trouve à Château-Laffite et Château-Mouton-Rothschild. près de 4 000 pièces sont transférées en octobre au musée du Louvre et au Jeu de paume. Göring exposé dans sa demeure de Carinhall plusieurs peintures remarquables provenant de la collection Rothschild, La toilette de Vénus de Boucher, Portrait d’un garçon avec une toque rouge de Rembrandt, La cueillette des roses et Le musicien de Jean-Baptiste Pater. Une trentaine sont envoyées à Linz en février 1941. Fort heureusement, la famille Rothschild a réussi à mettre à l’abri une partie de sa collection en Espagne ou dans des caches qui n’ont jamais été découvertes par l’ERR, notamment dans une bibliothèque se trouvant au 23, rue de Marigny occupé par les instance de la Luftwaffe.

La collection Göring

Pour organiser leur transfert massif vers l’Allemagne, des moyens colossaux ont été déployés: pas moins de 24 trains spéciaux sont affrétés. Une part non négligeable des spoliations est destinée à enrichir les collections particulières de quelques hiérarques du Reich. Amateur d’art éclairé, Hermann Göring a une prédilection pour les peintres flamands et germaniques. Il réussit à s’approprier des tableaux pour compléter sa collection à l’insu de son Führer. Sa fortune privée est estimée à 670 millions de Reichsmark. Ses différentes charges (chef de la Luftwaffe, ministre de la Prusse et contrôleur de l’économie allemande) lui assurent des revenus confortables. Une partie est destinée à l’achat d’oeuvres d’art. De plus, il reçoit des cadeaux de grande valeur. En 1941, un Ruysdael (100 000 RM) et un Van Dyck (250 000 Reichsmarks) lui sont ainsi offerts. Il achète aux enchères du musée du jeu de Paume l’Adam et Eve de Tenier et la Vénus de Boucher.

Göring expose son butin à Carinhall. (c) Library of Congress

Walter Andreas Hofer est chargé de tenir à jour l’inventaire des collections de Göring et contrôle les échanges effectués par son maître. Les prix des oeuvres et de leur restauration sont scrupuleusement notés. Cet antiquaire de profession possède un réseau de contacts qui l’informait dès qu’une pièce d’art intéressante apparaissait sur le marché. Le catalogue du Reichsmarschall conservé dans les archives du Quai d’Orsay est édifiant.  Pas moins de 1 376 tableaux, 250 sculptures et 168 tapisseries spoliés à travers toute l’Europe y figurent.

Le dispendieux Reichmarschall qui possède quatre somptueuses propriétés, le palais de la Leipzigerplatz, les châteaux de Veldenstein, Mauterndorf et enfin Carinhall où il prévoit d’ouvrir un musée. Dans toutes les pièces, les tableaux et tapisseries sont accrochés aux murs sur plusieurs rangs. Hitler et Göring se livrent une concurrence acharnée pour acquérir les tableaux de choix.

Bruno Lohse, le Missi Dominici du Reichsmarschall

Propriétaire d’un petit magasin d’art, Bruno Lohse, adhère au NSDAP en 1937. Le marchand d’art éclairé, spécialiste des maîtres flamands et hollandais du XVIIe siècle, est rapidement remarqué Göring impressionné par ses connaissances. Il est envoyé en mission à Paris avec pour mission suivante: observer le marché de l’art et faire des acquisitions pour les collections privées du Maréchal et du Führer. Lohse devient une des chevilles ouvrières de l’Einsatzstab Reichleter Rosenberg chargé de la spoliation des oeuvres d’art dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest.Il opère principalement pour le compte de Göring. Lohse a l’habitude d’organiser des visites privées pour son commanditaire au musée du Jeu de Paume, lieu où sont entreposées les oeuvres de premier plan. Le marchand acquiert à vil prix de nombreuses peintures. En 1945, il s’enfuit à pied au château de Neuschwanstein, en Bavière, où les toiles volées sont entreposées depuis le débarquement allié en Normandie. Capturé par les américains, Lohse est condamné à 10 ans de prison par le tribunal de Nuremberg.

Lors d’une de ses deux visites au musée du Jeu de Paume, Göring consulte une monographie consacrée à Rembrandt sous le regard satisfait de Bruno Lohse. (c) DR

Linz, la future capitale nazie de l’art européen

Une partie des peintures et des objets spoliés sont destinés à enrichir les collections des musées existants . Mais beaucoup sont entreposés en attente de la construction de la ville-musée de Linz Donau. Dans sa mégalomanie, Hitler a décidé de transformer sa ville natale en capitale de l’art européen et aryen. Albert Speer est chargé du suivi de la conception du complexe monumental. L’architecte officiel Roderich Fick réalise ses études sur les prescriptions du Führer. Le futur complexe comprend une grande bibliothèque pouvant accueillir 250 000 ouvrages, un théâtre et une salle des armures; Les oeuvres des peintres allemands du XIXe siècle devaient être rassemblées dans un bâtiment séparé, le Führermuseum. Ce dernier devait posséder une immense façade à colonnade, qui n’était pas sans rappeler la Deutsche Haus für Kunst de Munich et être érigé à l’emplacement de la gare de Linz. Les plans seront découverts par les Américains dans la bibliothèque privée du Führer dissimulée en Autriche

Hitler suit quotidiennement l’avancement du Führermuseum et les acquisitions. Il y est tellement attaché qu’une maquette 3D du musée de Linz est installé dans la Chancellerie. (c) DR

Hans Posse, ancien directeur de la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde et nazi convaincu, est mandaté officiellement pour repérer et récupérer les oeuvres intéressantes pour le musée. Assisté par une vingtaine de spécialistes de l’art, il met en place un réseau d’acquéreur dans les pays occupés. Erhard Göpel, un agent officiel du musée de Linz est chargé d’acheter des oeuvres aux Pays-Bas où il négocie avec l’aide de Vitale Bloch. Il est en contact également avec Wüster, Mandl et Holzapfel à Paris. Heinrich Heim, un des lieutenants de Martin Bormann est envoyé en Italie et en France pour acheter des oeuvres d’art, sur les deniers personnels du Führer. Le portrait du peintre Vermeer dans son atelier devait côtoyer les tableaux de Breughel, Dürer, Fragonard, Rembrandt et Rubens. En décembre 1944, 70 millions de Reichmarks ont été dépensés pour remplir ce musée.

La dissimulation du butin

À la fin de l’année 1943, les Allemands décident de mettre en sécurité leurs collections à l’abri des bombardements et des combats. Les mines désaffectées et les caves de châteaux sont réquisitionnées pour abriter les trésors du IIIe Reich. Les musées, les édifices culturelles et les lieux de cultes sont vidés de leurs de leurs trésors. En février 1944, en plein hiver des convois routiers font route en direction de Linz. Mais arrivés à proximité de Salzbourg, ils quittent l’itinéraire principal pour une petite route de montagne menant au village d’Alt Aussee. Leur précieuse cargaison est transportée dans une ancienne mine de sel. La galerie principale, très étroite et longue de 2 kilomètres, permet d’accéder à de grandes salles dans lesquelles vont être stockées les oeuvres d’art. Des planchers en bois, des déshumidificateurs et des éclairages sont installés en conséquence. Le dépôt Dora permettre d’abriter 6 755 tableaux de maître, dont 5 350 étaient destinées à Linz, 230 dessins, 1 039 estampes, 95 tapisseries, 68 sculptures, 43 caisses remplies d’objets précieux, d’innombrables pièces de mobilier, 119 caisses d’ouvrages provenant de la bibliothèque de Hitler et 237 caisses de livres pour la bibliothèque Linz.

L’église de d’Ellingen en Bavière a été transformée en gigantesque entrepôt. (c) NARA

En janvier 1945, Göring décide lui aussi d’évacuer sa demeure de Carinhall menacée par la progression des troupes soviétiques. Sa collection est si importante que le Reichsmarshall est obligé de faire une sélection; les oeuvres les plus volumineuses sont enterrées sur place, tandis que le pavillon de chasse est détruit. Deux trains spéciaux ont été affrétés pour transporter sa collection dans son château de Veldenstein situé non loin de Nuremberg. Hofer en est le gardien. Les combats se rapprochant, Göring fait mettre en sécurité les plus belles pièces à Berchtesgaden. Les trains sont abrités dans des tunnels ferroviaires sous bonne garde, mais leurs cargaisons, en particulier les victuailles, attire la population affamée qui s’empare de la nourriture et d’une partie du butin de leur maître déchu. À Berchtesgaden, les villas de Himmler, Goebbels et Bormann subissent le même sort.

Le 12 avril 1945, le General Dwight D. Eisenhower, accompagné de George Patton et Omar Bradley, visite la mine de Merkers où les nazis ont caché les réserves d’or et de liquidités de la Reichsbank, les biens provenant des victimes des camps de la mort et plus de 400 oeuvres d’art et trésors provenant des musées berlinois. (c) NARA

La chasse aux trésors nazis

Les troupes américaines progressant en Autriche découvrent la mine d’Alt Aussee. Tout y est parfaitement rangé et inventorié, mais dans bien des cas, l’humidité et les vols ont fait des ravages. Au Führerbau à Munich, les Alliés ne découvrent qu’un tiers des 723 oeuvres d’art qui y dormaient, le reste ayant été pillé par la population. Au château de Füssen, ils trouvent plus de 1 300 tableaux et les précieuses archives de l’ERR. À travers toute l’Allemagne, des caches identiques sont mises à jour par les troupes anglo-américaines. Il faudra un an aux Américains pour vider le château de Neuschwanstein où est notamment entreposée une partie de la collection Rothschild. 

Les Monuments Men

En juin 1943, l’US Army créé une unité composée des conservateurs, d’historiens et d’archivistes dont la tâche va être de veiller à la sauvegarde de l’art, des monuments et des archives. Placés sour le commandement de George L. Stout, 350 experts de treize nationalités différentes vont veiller à sauvegarder le patrimoine culturel européen au cours de la progression des troupes alliées et retrouver la traces des oeuvres d’art spoliées dans le but de les restituer à leur propriétaires.

Disparu depuis 1946, la sculpture Victoria von Calvatone réapparaît en 2015 à l’occasion d’une exposition au musée de L’Ermitage de Saint-Petersbourg. (c) DR

Les Soviétiques déploient eux-aussi d’énormes moyens pour mettre la main sur les trésors nazis. Mikhail Khrapchenko, qui est chargé d’exécuter la résolution 9 256 de Staline, installe son QG à Pilnitz. Igor Grabar, peintre, historien de l’art et ancien directeur de la Galerie Tretiakov établit la liste des chefs d’oeuvre recherchés. Revêtus d’uniformes, les experts des « brigades des trophées » sillonnent les lignes de front et ses arrières pour repérer les biens qui doivent compléter les collections des musées d’État et dédommager l’Union Soviétique des énormes préjudices qu’elle a subies. Les immeubles officiels, les musées et les bibliothèques sont passés au crible. Les abris sont trouvés mais la plupart sont vides, les Allemands ayant évacué les biens les plus précieux. À compter du 8 mai, les équipes présentes à Berlin ont cinquante jours pour mener à bien leur mission avant que les Alliés ne prennent possession de leurs secteurs d’occupation. Les oeuvres d’art trouvées en zone occidentale sont transportées avec un maximum de discrétion puis stockées dans des entrepôts et des abattoirs ouverts aux quatre vents situés à l’est de la ville avant de les transférer vers l’URSS. Au début de l’année 1946, près de 12 500 caisses partent vers les grands musées soviétiques (Ces biens seront nationalisés par la Douma en avril 1998).

Plus à l’ouest, les unités spécialisées britanniques et américaines sont chargées de vider les caches et de mettre les oeuvres d’art en sécurité dans des collecting points. C’est un travail titanesque car il faut répertorier, conditionner et stocker les oeuvres dans des locaux adéquats. Mais, bientôt, c’est une véritable course contre la montre qui leur faut livrer. En effet, les armées anglo-américaines se trouvent à 160 kilomètres à l’intérieur de la zone d’occupation soviétique. La date du retrait étant fixée au 1er juillet 1945, il leur faut aussi évacuer tous les dépôts en un temps record.

Le restaurateur d’oeuvres d’art et redoutable faussaire néerlandais, Han van Meegeren, réussit à duper les expert de Göring. Ce dernier lui échange 200 peintures contre un faux du tableau de Vermeer, Le Christ et la parabole de la femme adultère. (c) Nationaal Archief NL

La restitution des biens pillés : un travail inachevé

En 1945, la Commission de récupération artistique et Rose Valland, nommée capitaine, vont pister les oeuvres spoliées à travers l’Allemagne et l’Autriche. Sur les 100.000 items partis de France pour l’Allemagne, 61 233 sont retrouvés, dans les caches que les Nazis avaient disséminées sur l’ensemble du territoire incluant l’Autriche, dans les stocks des musées ou les collections privées des élites du régime. Ceux dont l’origine peut facilement être identifiée – 45 411 – sont restitués à leurs propriétaires ou à leurs ayants droit avant 1949 ; d’autres sont vendus par les Domaines entre 1950 et 1953, tandis que 2 000 autres sont confiées aux Musées nationaux.

Le statut juridique des biens spoliés est régi par l’ordonnance du 12 novembre 1943 sur « la nullité des actes de spoliation accomplis par l’ennemi ou sous son contrôle », complétée par l’ordonnance du 21 avril 1945 qui en prévoit la restitution. 

Depuis, certaines oeuvres ont pu être récupérées (parfois non sans peine) par les ayants droit des collectionneurs dans le cadre de la Commission d’indemnisation des victimes de spoliations. Il ressort que 40 000 oeuvres ne sont jamais revenus, beaucoup appartenant à des collections juives. Certaines, à l’évidence, ont été détruites pendant les combats ou lors des bombardements. Il ne faut pas oublier la razzia pratiquée par les Soviétiques à l’intérieur de sa zone d’occupation. Un certain nombre de pièces se trouve encore dans les collections publiques dans l’attente d’être restituées, tandis que d’autres sont conservées discrètement dans des collections particulières.

En 2000, le United States House Committee on Financial Services de la Chambre des représentants des États-Unis a évalué qu’entre 1933 et 1945, 600 000 oeuvres ont été volées, expropriées, saisies ou pillées : 200 000 en Allemagne et en Autriche, 100 000 en Europe de l’Ouest et 300 000 en Europe de l’Est.

Wikipedia

(c) Tous droits réservés. Christophe Prime, octobre 2020.

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