La Chloroquine ou la guerre des éprouvettes

En cette période de pandémie mondiale et de confinement, j’ai eu envie d’en savoir plus sur les origines de la Chloroquine, cette substance qui fait les gros titres. Une fois encore, les avancées majeures ont été réalisées pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le fléau du Pacifique : la malaria

Les troupes américaines servant dans le Pacifique ont souffert du paludisme ou de la malaria appelé également fièvre des marais. Cette maladie infectieuse très répandue dans les régions tropicales et les zones marécageuses était causée par un parasite propagé par certaines espèces de moustiques. On estime que 60 à 65% du contingent américain a été affecté. Cette maladie se traduit par de violents tremblements, de fortes poussées de fièvre et un état de fatigue avancé, à même de terrasser les soldats les plus robustes et ce pour de longues périodes. Dans certains cas, elle peut même conduire au décès des patients. L’armée japonaise a été elle aussi touchée dans des proportions encore plus importante. Vaincre cette maladie était donc essentielle pour espérer remporter la victoire dans le Pacifique et en Asie du sud-est.

Publicité américaine montrant les pertes américaines causées par la malaria dans le Pacifique. (c) DR

Les vertus de la quinine

La clé résidait dans l’exploitation des principes actifs de la quinine extraite de l’écorce de l’arbre quinquina dont les effets thérapeutiques étaient connues depuis plus d’un siècle. Les principes actifs ont été mis en évidence par les chimistes français Joseph Pelletier et Joseph Caventou en 1820. En 1853, Louis Pasteur met au point deux dérivés proches de la quinine, la quinotoxine et la cinchotoxine. Mais il faut attendre 1918 pour voir Paul Rabe et Karl Kindler réaliser la première synthèse de la quinine à partir de la quinotoxine. En 1934, l’Allemand Hans Andersag travaillant pour IG Farben met en évidence les propriétés antipaludéennes d’une substance alors appelée resochin. Deux ans plus tard, il met au point un dérivé moins toxique, le sontochin. Les brevets sont déposés en novembre 1939. En dépit de propriétés intéressantes, la substance ne fait l’objet d’aucun développement en raison de sa toxicité.

Avec le déclenchement du conflit et l’augmentation des crédits alloués à la Recherche, les chercheurs de tous les pays vont évaluer les propriétés des milliers de substances pour mettre au point des médicaments et des antibiotiques. Les équipes américaines vont réaliser des progrès importants dans la lutte contre la malaria.

Des soldats américains souffrant de la malaria se reposent dans un hôpital de campagne de Guadalcanal en 1943. (c) U.S. Army

Les avancées américaines

La Winthrop Chemical Company avait l’acquisition en mars 1941 des droits auprès de Bayer sur le resochin et le sontochin, mais aucune étude n’est menée avant le mois de décembre 1942. Les travaux menés sur le sontochin par le Dr Philippe Jean Decourt des laboratoires Rhône Poulenc-Specian basés à Tunis conduisent à des essais cliniques prometteurs. Après la libération de la Tunisie en mai 1943, Decourt transmet aux Alliés les résultats de son étude ressuscitant leur intérêt pour cette substance.

Tube d’Atabrine employé par l’US Army. (c)

Robert Woodward et William von Eggers Doering de l’Harvard Université parviennent finalement à réaliser une synthèse complète de la quinine le 11 avril 1944. Cette découverte permet de produire en quantité industrielle un dérivé, la quinacrine commercialisée sous le nom d’atabrine. La Winthrop Chemical Company produit ainsi 1.8 billion de doses en 1943 et 2.5 billions in 1944.  Si ce médicament possède plusieurs effets indésirables, en particulier celui de donner à la peau des patients en prenant régulièrement une couleur jaune, il va permettre aux Alliés de vaincre le paludisme, cet ennemi invisible capable de mettre à genoux les unités en campagne sous les Tropiques.

Après la bataille de Guadalcanal, l’US Army adapte le kit de secours individuel à destination des soldats combattant dans le Pacifique et aux Philippines. Le Jungle First Aid Kit M2 distribué à partir de 1944 contient notamment un tube de comprimés d’atabrine. (c) DR

L’autre dérivé, le resochin reçoit le nom de chloroquine en février 1946. Les Australiens conduisent des études à Cairns sous la direction de N. Hamilton Fairley. La substance est mise sur le marché en 1949 n France sous le nom de nivaquine et aux États-Unis sous le nom d’aralen. La chloroquine et le DDT devinrent les deux armes principales pour éradiquer le paludisme et son vecteur à travers le monde.

La chloroquine n’est plus utilisé aujourd’hui car le parasite a développé des résistances. Néanmoins, elle est montré des effets contre de multiples virus tels que la rage, Ebola, la polio et le SARS-CoV.

(c) Tous droits réservés. Christophe Prime – Mars 2020.

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