Le Jerrycan, objet de toute les convoitises

La Jerrycan Family (c) Tracesdeguerre

Qui n’a pas vu traîner dans le fond d’un hangar, d’un garage, d’une brocante ou d’un vide-grenier un de ces vieux jerrycans poussiéreux abandonnés par les armées alliées et allemandes. Le plus souvent, ces vieux contenants n’attirent guère l’attention des simples badauds. Nombreux sont ceux qui ignorent tout de son histoire et oublie le rôle crucial qu’il a joué pendant le conflit.

Made in Germany

Les jerrycans en cours de remplissage sont du premier modèle. Ils sont reconnaissables au motif en croix. (c) Bundesarchiv

En 1936, l’ingénieur allemand Hans Jürgen Müller, fondateur de la Müller Maschinen GmBh développe en secret pour le compte de la Wehrmacht un récipient en tôle emboutie soudée dans le plus grand secret. Sa forme parallélépipédique permet de les empiler facilement, tandis que son poids modéré et son astucieuse poignée à trois anses facilitent sa manutention. Il peut passer de main en main sans qu’il soit nécessaire de le poser. Son orifice de versement est muni d’un bouchon étanche et d’un bec court permettant de verser le contenu dans un réservoir sans avoir à utiliser d’autres accessoires. Une entrée d’air évite tout refoulement. La paroi intérieure est, quant à elle, recouverte d’un produit étanche évitant tout contact entre le liquide et l’acier. La Wehrmacht adopte ce récipient révolutionnaire en 1939.

Le menu larcin devient une affaire d’Etat

Au cours de cette même année, Paul Pleiss, un ingénieur américain travaillant à Berlin se rend avec un collègue allemand en voyage en Inde avec une voiture bricolée. L’ingénieur allemand, qui a accès aux milliers de Wehrmachtkanister stockés à l’aéroport du Tempelhof, subtilisent discrètement trois récipients et les mettent dans leurs véhicules. Les deux hommes entament leur aventure, mais alors qu’ils sont à mi-chemin, le vol de jerrycans est découvert. Le Reichsmarshall Hermann Göring dépêche un avion pour rapatrier le ressortissant allemand qui est accusé de trahison.

Le Wehrmachtkanister devient jerrycan

Une usine de fabrication de jerrycan au Royaume-Uni. On remarquera la main-d’oeuvre essentiellement féminine. (c) IWM

Ce dernier a dévoilé le secret de fabrication du précieux bidon à Pleiss qui rejoint Calcutta avant de repartir pour Philadelphie en laissant sur place le véhicule. A son arrivée aux Etats-Unis, il informe les autorités militaires américaines de sa découverte mais il ne parvient pas à les convaincre. Il fait rapatrier le véhicule complet. Mais après examen des bidons, le War Department ne perçoit pas tout de suite l’intérêt de cette découverte.

Pause déjeuner pour ces Dispatch Riders britanniques. On remplit d’eau les gourdes au jerrycan. (c) IWM

De leur côté, les Britanniques découvrent le Wehrmachtskanister lors de la campagne de Norvège. Ce sont d’ailleurs eux qui lui donne son nom usuel, c’est-à-dire jerrycan. Ce terme est né de l’association des termes can (bidon) et jerry (surnom donné au soldat allemand). Lorsque Pleiss se rend à Londres à la fin de l’année 1940, il fournit aux militaires britanniques toutes les informations dont il dispose et leur fait parvenir un de ses trois jerrycans. Les Britanniques décident de le copier purement et simplement. En 1942, sur le front d’El Alamein, ils utilisent encore leur bidons de 5 gallons, mais récupèrent les jerrycans abandonnés par l’ennemi dès qu’ils le peuvent. La production est lancée et 2 millions de jerrycans sont envoyés en Afrique du Nord début 1943. L’année suivante, ils commencent à en fabriquer au Moyen-Orient.

Les Américains à la traîne

Un dépôt de carburant de l’US. Army en Normandie. (c) NARA

Les Américains prennent conscience de leur bévue et de l’inadaptation de leurs propres récipients. L’U.S. Quartermaster Corps étudie les fameux jerrycans et élabore un nouveau prototype. Il possède la même taille et la même forme, mais le joint soudé et le bec ont été modifiés. Le fond est rapporté et serti.
Le dessus est embouti d’une pièce et soudé pour fermer le récipient. Il se ferme à l’aide d’un bouchon à vis. L’orifice de versement est modifié pour y adapter un bec verseur souple et une prise d’air automatique est ajoutée pour permettre de le vider plus rapidement. L’intérieur est revêtu d’une peinture anticorrosion résistante à l’essence. Le jerrycan américain fabriqué en tôle possède une contenance de 20 litres ou 5 galons US (18,93 l). Il remplace le bidon cylindrique de 10 gallons (37,8 litres) lourd et peu pratique. Cependant, ils tardent à lancer la production en masse.

Au total, pas moins de 22 millions de jerrycans seront débarqués en Europe par les armées alliées. Plusieurs millions seront perdus ou égarés. Voilà donc pourquoi dans nos campagnes, nous retrouvons encore nombre de ces objets à l’incroyable histoire.

Tous droits réservés. (c) Christophe Prime, septembre 2019.

3 thoughts on “Le Jerrycan, objet de toute les convoitises

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *